Coup de cœur du dernier Jury Professionnel, Amasia est un des 8 films de fin d’études de la Promo 2013 d’ArtFx. Réalisé par 4 étudiants de dernière année – Guillaume Renier, Fabien Kretschmer, Gaëlle Séguillon et Adrien Bisiou -, Amasia propose au spectateur un voyage unique à la découverte d’un monde nouveau. Nous avons interviewé Guillaume Renier et Gaëlle Séguillon qui nous donnent des précisions sur la réalisation du film.

 

Le court métrage d’environnement est un genre rarement abordé pour un film étudiant. Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir cette thématique pour votre film de fin d’études ?

 

Guillaume Renier : Amoureux des grands espaces et des films contemplatifs tels que Baraka ou Samsara de Ron Fricke, ou encore la trilogie des Qatsi (Koyaanisqatsi, Powaqqatsi, Naqoyqatsi) de Godfrey Reggio, nous voulions dès le début proposer un film avec un rythme différent.
Loin des montages nerveux, dits aussi “cut”, nous voulions des plans lents soutenus par une musique en adéquation d’un point de vue “émotionnel”. C’était un peu un défi en soi car le format court métrage est au final peu adapté au film contemplatif. Nous ne voulions pas non plus d’un film expérimental : une trame narrative devait donc être présente.
Très sensibles aux grands films documentaires, de Home de Yann Arthus-Bertrand à Planet Earth de la BBC, et voulant éviter le discours écologiste militant, nous avons naturellement choisi de nous tourner vers la poésie…

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Quelques-uns des films qui ont inspiré l’équipe d’Amasia.

 

Naviguant entre ciel et terre, nous souhaitions montrer la vulnérabilité de notre espèce et de la vie en générale. L’extinction de l’homme n’est donc pas la conséquence de ses actes mais vient de forces naturelles. Tout disparaît, les traces de civilisation s’effacent. La terre fait peau neuve et devient de nouveau verte et fertile. Comme pour un nouveau départ, la renaissance se fait par l’apparition d’une forme de vie, au fond d’une grotte. Le film se termine sur une trace sensible, très symbolique, peut-être notre plus lointaine forme d’expression artistique, bien avant les ordinateurs…

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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Vous avez aussi fait le choix d’un générique différent. Pourquoi ?

 

Guillaume : Je pense que pour nous, l’envol de l’oiseau est la vraie fin du film. Comme nous l’avons dit précédemment, le thème du film est la vie. Et le générique dévoile de manière mystérieuse ces différentes formes de vie, végétales et animales. C’est aussi à ce moment-là que la musique prend son envol…

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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En tout cas, ce générique ne pourrait pas exister sans le travail fait avec la serre amazonienne de Montpellier. L’expérience de tournage sous la pluie, dans une serre, nous a permis de ramener des images splendides et imprévisibles. En quelques secondes, nous étions transportés dans la jungle, traquant les meilleurs cadrages.

 

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Tournage dans la serre amazonienne de Montpellier.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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Quel fut pour vous le plus grand challenge sur un projet de ce type ?

 

Guillaume : La réalisation de plans larges et lents pousse à être précis et minutieux. La moindre erreur est rapidement perceptible par le spectateur. La réutilisation est aussi très réduite car chaque plan est complètement diffèrent. Impossible de réutiliser des modélisations par exemple.
Nous voulions dès le début intégrer ces changements importants de climat. C’était notre “prétexte” au voyage. Et c’est aussi ce qui a nous donné beaucoup de travail sur les quelques mois de production.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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Les points de vue variant beaucoup eux aussi, il nous a fallu faire de nombreuses recherches pour chaque plan, parcourant le globe à l’aide de livres et d’internet (merci Google Earth !) pour trouver les meilleures références. À cela s’ajoutent des lieux de tournage variés dans des conditions climatiques plutôt complexes…

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Tournage sur la Plage de l’Espiguette au Grau-du-Roi.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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Nous avons cherché à optimiser beaucoup de choses afin d’avoir un maximum de temps sur les plans. Car, qui dit grande variété de plans, dit workflow différent. C’est-à-dire une autre approche technique et aussi de nouveaux problèmes…
Le défi du film réside donc ici : peu nombreux, nous avons dû rapidement nous adapter aux différents challenges. Nous n’avons pas hésité à supprimer et à réécrire des plans pour pouvoir finir le film à temps, sans pour autant perdre le fil de l’histoire.

 

C’était un projet très ambitieux. Comment avez-vous géré cela ?

 

Guillaume : L’important pour nous était la compréhension du spectateur. Notre histoire n’a pas la prétention d’être complexe mais elle doit tout de même être compréhensible. Nous devions suivre cette ligne rouge, sans jamais déroger à la règle.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Lightboard regroupant l’ensemble des plans du film.

 

Chaque plan devait être efficace narrativement et devait amener le second. Il y a donc beaucoup de symboles dans le film, comme la flamme qui s’éteint lorsque l’homme meurt, puis la neige qui tombe simultanément. Ou bien encore avec le Torii (NDLR : portail traditionnel japonais), cette porte du passé connue pour avoir résisté à la bombe atomique, et qui ici dans le film ne résiste pas…

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

De cette manière, nous ne nous sommes pas dispersés dans la réalisation de divers environnements.
Nous avons défini précisément notre pré-production à l’aide de concepts. Nous avons ensuite réalisé une animatique en 3D et 2D afin de vérifier si le rythme était correct. Ce qui nous a permis de rapidement commencer le travail sur les intentions sonores. Un minimum de choses fut laissé au hasard. En parallèle, nous faisions aussi tous les repérages pour les tournages.
Et enfin, nous avons planifié la durée de travail de chaque séquence.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Recherches / Concept Art.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

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Ce fut une étape du film très excitante car il fallait poser sur papier ce que nous avions en tête, tout en faisant des choix importants.

 

Comment avez-vous défini les rôles de chacun au sein de l’équipe ?

 

Guillaume : De par sa nature, le projet appelait tout d’abord des profils spécialisés, ou voulant se spécialiser, dans la réalisation d’environnement ; Gaëlle Séguillon et moi-même avons donc pris part à cette tâche.
La grande diversité des plans appelait quant à elle des profils plutôt polyvalents et réactifs : Adrien Bisou et Fabien Kretschmer nous ont donc rejoint en tant que CG Généralistes pour compléter l’équipe.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Une fois le story-board et l’animatique construits, nous nous sommes répartis les plans afin d’avoir des challenges techniques différents durant l’année en fonction de nos compétences.
De plus, des étudiants freelances nous ont ensuite soutenus sur des tâches très précises comme l’animation (Olivier Desmons) ou les dynamiques (Rémy Bay).
J’ai ensuite pris en charge l’organisation d’un planning définissant jour après jour nos tâches pour mener le projet à terme.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Éruption réalisée en fluide sous Maya

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

Foule générée par Golaem Crowd.

 

Comment avez-vous défini les rythmes musicaux ?

 

Guillaume : Le compositeur d’Amasia est un ancien élève d’ArtFx. Jérémy Flandrin est un Matte Painter actuellement en activité dans le monde du cinéma et de la publicité, et également un musicien talentueux.
Alors que nous travaillions sur le concept du film, il a eu vent de l’aventure et s’est proposé de lui-même. Nous avons donné une ligne directrice à Jérémy sur chaque plan à l’aide d’un graphique.
De manière illustrée, nous pouvions ainsi communiquer sur l’importance des voix, des instruments, des rythmes ou encore du Sound Design. C’était notre base de travail, notre support.
Puis il y a eu la patte de l’artiste qui a donné une touche unique à Amasia. Ce fut une chance pour nous d’avoir une personne extérieure aussi investie pour un projet étudiant, sachant l’importance que nous portions à la musique du film.
Ce fut une excellente collaboration que je recommande.

 

Vous avez transformé l’Île de Pâques et ses Moaïs en terre aride et chaotique. Comment avez-vous réalisé cette séquence ?

 

Gaëlle Séguillon : Après une importante série de recherches sur internet, nous avons réalisé des mood panel d’images, en sélectionnant les meilleures ambiances et lumières.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

À partir de cette série d’images, nous avons fait plusieurs recherches de concepts de plus en plus précis pour définir un cadrage, une composition.
Une fois le concept et l’animatique validés par l’équipe, j’ai commencé la mise en place du Matte Painting sous Photoshop, le concept restant toujours en arrière-plan pour conserver l’intention de base et ne pas trop s’en éloigner.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Le Matte Painting consiste donc à arranger de nombreuses photos afin qu’elles fonctionnent dans une seule et même image. Par chance, l’un de nos enseignants avait des photos de Moaïs, ce qui nous a permis de travailler avec des images de qualité.
Une fois l’image constituée, j’ai rajouté la neige partout au sol à l’aide de textures ou en la peignant.
Afin de créer de la parallaxe entre les éléments de l’image, j’ai ensuite détouré chaque plan pour en faire une modélisation basse définition sous Maya.
Enfin, en compositing, j’ai projeté tous mes plans détourés sur la modélisation et j’y ai ajouté le mouvement de caméra.
Pour embellir le plan, j’y ai également ajouté des éléments animés comme la neige, les éclairs, les nuages, le reflet, le flare du soleil, etc.
L’image a alors pris vie.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Vers un futur long métrage ?

 

Guillaume : Pourquoi pas ! Nous avons encore de nombreuses idées… Beaucoup n’ont pas pu être réalisées durant l’année faute de temps et de moyens, comme la disparition des déserts sous la neige par exemple.
Nous aurions aimé passer plus de temps sur la disparition des grands animaux de notre Terre, allant des baleines aux éléphants. Mais aussi montrer l’évolution de la flore.
D’un point de vue plus cinématographique, nous nous serions plus attardés sur les hommes et leur lutte face au changement climatique. Allant de grands conflits mondiaux au suivi des derniers hommes…
Ce pourrait être un bon docu-fiction ! Il ne nous manque plus que le temps et l’argent…

 

D’où vient le titre ‘Amasia’ ?

 

Guillaume : Le titre du film vient d’une étude scientifique montrant l’évolution des plaques de l’écorce terrestre. Après la Pangée, nous avons la formation actuelle de nos continents. Puis dans plusieurs milliers d’années, viendra l’Amasie (ou ‘Amasia’ en anglais). Ce sera la formation d’un continent uni, un supercontinent.
Dans le film, nous restons loin de toute réalité scientifique mais le phénomène est discrètement observable lors de la glaciation de la Terre.

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Amasia - ArtFx - Promo 2013

 

Un mot pour la fin ?

 

Guillaume : En tant que responsable de projet, je souhaite remercier particulièrement l’équipe du film : Gaëlle Séguillon, Fabien Kretschmer et Adrien Bisou. Merci pour leur confiance, leur soutien et leur talent, investis tout au long de cette année riche en émotions.
La réalisation d’Amasia fut une formidable expérience où nous avons déposé avec soin le meilleur de nous-mêmes. Nous espérons que l’aventure plaira (ou vous a plu !).
À nous maintenant de partir vers d’autres horizons…

 

Merci pour cette entrevue et bonne chance pour la suite.

 

En savoir plus sur les réalisateurs

Guillaume Renier : sa page Vimeo

 

Gaëlle Séguillon : sa page Vimeo

 

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Adrien Bisou : sa page Vimeo