À l’heure où les déclarations, rumeurs et autres news vont bon train concernant la production des prochains Avatars (Y aura-t-il un Avatar 4 ? Ce dernier sera-t-il au final une préquelle ? Jusqu’à quand seront repoussées les écritures et sorties des opus 2 et 3 et devront-ils être tournés en simultané ? Le 48 images seconde sera-t-il de l’aventure ?), il est de circonstance de revenir sur le film « révolutionnaire » de James Cameron. Petit retour sur Pandora en mode décorticage de l’œuvre…

 

Avatar, écographie ou échosystème ?

Derrière ce titre alambiqué, je propose une petite analyse de nature transtextuelle de ce que certains appellent déjà le chef d’œuvre de James Cameron…
Encore faut il déjà définir le terme de « chef d’œuvre » bien évidemment : se place t-on d’un strict point de vue critique cinématographique ? Verse t-on dans l’approche purement technique ? Ou se focalise t-on sur la capacité d’une création à générer une telle empathie avec son public que ce dernier ait du regret à quitter cet Eden pandorien ?

 

Pour beaucoup, le film Avatar n’est que de l’éco-guérilla à la Miyazaki, saupoudrée de métaphore irakienne où un impérialisme fort s’attaque aux ressources terrestres d’une planète sans considérer toutes les conséquences qu’un tel geste peut avoir sur la biodiversité d’un endroit aussi fantasmé.

 

Mais dès que le succès est arrivé, dès que les salles furent bondées et l’amortissement du film verrouillé, il a été de bon ton de cracher sur le long métrage qui n’avait pas une once de créativité, de scénario ou de jeu d’acteur… Oui, c’est un film de James Cameron, un réalisateur technique qui a toujours su réutiliser de bonnes veilles recettes éprouvées afin de mener à destination ses équipes : donc il vous emmerde bien profond, messieurs les « censeurs »…

 

© Mark Fellman - 20th Century Fox

 

Avatar est une « écographie » qui distille des leçons de morale écolo, quelques fois de façon très dynamique et brutale, et à d’autres moments de manière plus naïve, plus enfantine : le film navigue donc entre la fable et le conte, sous l’apparence d’un film testostéroné et référentiel.

 

Et tout le monde de surenchérir tout aussi naïvement en démontant la structure du film : séance collective de beuglage en masse, se focalisant sur les rapprochements à faire autour des films de Pocahontas et de Danse avec les loups… Oui, Jake Sully est un simili Dunbar, ou bien encore un pseudo John Smith, mais de grâce, allez un peu plus loin que cela…

 

Avatar est surtout un « échosystème », un film concept qui dope une technique filmique déjà ancienne (le rendu du relief par principe stéréoscopique) avec des éléments ultra référentiels, voire autoréférentiels : des thématiques abordées aux personnages stéréotypés radicaux, de la musique à la photographie, des plans aux designs.

 

Tout fait sens dans la galaxie cameronienne

 

Oui, certaines choses sont bizarres, comme les rapprochements à faire avec Aquablue ou des travaux bédéesques plus anciens comme ceux de Mezières (déjà bien pompés avec Star Wars) :

 

Aquablue © Olivier Vatine & Ciro Tota

 

© Jean-Claude Mézières

 

Le reste appartient à un univers riche, parfois confus, mais toujours fluide, justifié, qui donne l’occasion au spectateur d’être en immersion totale (malgré la pauvreté de certains dialogues) avec, pour les adeptes des lectures transversales, de belles opportunités de jubiler devant un tel spectacle. Car il s’agit bien ici d’entertainment où les gens applaudissent et attendent la fin du générique, même dans ces lieux inhumains que sont les multiplexes…

 

Avatar c’est quoi en réalité ?

 

Une histoire de fidélité de Cameron à ses idées et à ses coéquipiers, à l’instar d’un Vincent Pace (spécialiste de l’éclairage, de la photo et de la construction de caméras révolutionnaires 3D), d’un James Horner (qui recycle avec intelligence de très nombreux leitmotivs musicaux dans le score du film comme les fameuses 4 notes et un ton à la Glory), d’une Sigourney Weaver (que les critiques US attaquent parce qu’elle y fume trop, sic…) et bien d ‘autres…

 

Une histoire qui appartient au genre de la SF, genre chéri par le réalisateur au-delà de tout : Oui, ici il y a du Poul Anderson et un peu de son Call Me Joe

 

Call Me Joe (1957) © Poul Anderson

 

On peut également y trouver tout autant du Frank Herbert, que du Isaac Asimov ou bien encore du Sherri Tepper avec leurs respectifs Dune, Fondation ou encore Grass

 

Une histoire de mariage arrangé avec tous les ténors des FX de la planète qui s’amusent dans le même bac à sable : Weta et ILM en tête…

 

Avatar c’est en fait la synchronisation rêvée technique permettant de faire un métafilm de SF, c’est-à-dire un film de SF sur la SF : une métacréation du genre qui renverrait à un modèle cohérent de l’état actuel des données littéraires, filmiques, graphiques en un seul point de focalisation.

 

Pas étonnant que le clin d’œil à l’unobtainium, minerai idéal de la culture SciFi, se fasse ici aussi limpidement :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Ici, Humains et Na’vi ne sont que des abstractions, des modèles archétypaux-hypothétiques de notre futur possible, dans nos aspirations, nos projections et nos fantasmes (que l’on parle d’un point de vue biologique, technologique ou cognitif).

 

Tout ceci est un énorme jouet narratif dans les mains d’un réalisateur paradoxalement visionnaire et conservateur, au même titre qu’un Spielberg d’ailleurs…

 

Un jouet aux tons psychédéliques dignes des plus gros délires visuels des albums de Yes, désignés par un certain Roger Dean, un des grands illustrateurs anglais qui a œuvré de façon stylisée pour le rock et la SF (littérature, jeux vidéos des années 1980…).

 

Freya's Castle (1987) © Roger Dean

 

Morning Dragon ©  Roger Dean

 

©  Roger Dean

 

Floating Islands ©  Roger Dean

 

The Flights of Icarus ©  Roger Dean

 

Osibisa - Woyaya (1971) © Roger Dean

 

Un film qui joue sur les plates-bandes d’autres narrations plus ou moins naïves, mais qui sont intéressantes au 2ème niveau de lecture comme la Forêt d’émeraude ou The Last Rainforest :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

The Emerald Forest (1985) © John Boorman Productions

 

FernGully_The Last Rainforest (1992) © FAI Films

 

Cameron depuis ses débuts derrière la caméra avec Roger Corman, il aime la SF avec des gens en bleu :

 

Battle Beyond the Stars (1980) © New World Pictures

 

Cameron, il déteste les corporates qui s’avèrent tous être des profiteurs, des lâches prêts à tous les sacrifices pour le plus gros profit :

 

Aliens (1986) ©20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Il adore les gros véhicules bien massifs, que ces derniers soient militaires ou industriels :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Aliens (1986) ©20th Century Fox

 

Il jubile lorsque les corps sont alignés, bloqués dans des tubes ou des boîtes, ou sur le point d’être recyclés/formatés/programmés :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Terminator 2: Judgment Day (1991) © Carolco Pictures

 

Dark Angel (2000) © 20th Century Fox Television

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Il adore que des scientifiques ou des techniciens observent des cadrans avec un air intense :

 

The Abyss (1989) ©20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Il se pâme devant des gros véhicules (hum, je l’ai pas déjà dit ça ?) qui se ressemblent singulièrement et se font écho les uns les autres :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Aliens (1986) ©20th Century Fox

 

Il a toujours aimé les bad girls latinas qui faisaient la moue plutôt que l’amour. Vous en voulez la preuve ?

 

Aliens (1986) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

De toute façon, il a toujours aimé les femmes fortes au cinéma et à la télévision, avec une certaine dose de masculinité et de posing de félin sexuel :

 

Terminator 2: Judgment Day (1991) © Carolco Pictures

 

Dark Angel (2000) © 20th Century Fox Television

 

Terminator: The Sarah Connor Chronicles (2008)  © Warner Bros. Television

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Proche des grands des effets spéciaux, les créatures de ses films sont inoubliables, et les combats attendus dans les scènes « à faire » nous rassurent toujours :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Aliens (1986) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Aliens (1986) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Des plans qui nous poussent toujours à plonger avec lui et avec ses protagonistes dans le feu d’une action continue ou d’une belle tension dramatique :

 

Titanic (1997) © 20th Century Fox

 

True Lies (1994) © 20th Century Fox

 

True Lies (1994) © 20th Century Fox

 

L’univers de James Cameron, c’est ça : des robots du futur qui regardent des créatures du ciel en les défiant, dans un territoire à découvrir étalonné au bleu…

 

Terminator 2: Judgment Day (1991) © Carolco Pictures

 

Où des gens nous regardent, nous spectateurs, et choisissent avec nous la voie de la rédemption ou du chaos destructeur :

 

Terminator 2: Judgment Day (1991) © Carolco Pictures

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Des gens qui ne sont pas des hauts gradés… juste de petits caporaux qui ont pourtant la tête sur les épaules. Des soldats qui savent que les scientifiques jouent à Dieu, et que les officiers paranoïaques pullulent chez les militaires :

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Avatar (2009) © 20th Century Fox

 

Bref, des caporaux qui doutent et qui survivent…

 

Aliens (1986) © 20th Century Fox

 

Quoi dire d’autre ? Je vais peut-être passer la parole à James Cameron lui-même afin de conclure cet exercice d’analyse croisée…
– James Cameron : « Je vous ai bien tous niqués… »

 

Je vais basculer en mode subjectif pour une fois et donner mon sentiment sur ce film : je l’ai aimé, il m’a laissé de bons souvenirs, il m’a fait voyager et oublier un temps ma déformation professionnelle.

 

Pour moi, Avatar, c’est juste un Abyss réussi

 

Une femme forte qui tient tête à sa « famille » et aux gros bras des SEAL + industriels

 

The Abyss (1989) ©20th Century Fox

 

Des gens qui vont s’unir pour lutter contre une menace militaire et apprendre à connaître une autre race :

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

Un voyage quasi psychédélique aux limites de la compréhension humaine :

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

The Abyss (1989) ©20th Century Fox

 

Des récits de morts et de résurrections en petite série autour des personnages :

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

Et deux âmes sœurs qui se retrouvent et « se voient » enfin :

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

The Abyss (1989) © 20th Century Fox

 

Et vous ? Comment avez-vous vu Avatar ?