Expo photo / Pavillon Populaire Montpellier

Patrick TOSANI // « Changements d’état » 1983-2014 // jusqu’au 26 octobre

 

Avant d’être photographe, Patrick Tosani a d’abord eu une formation d’architecte. C’est ce que l’on apprend lorsqu’on entre dans la galerie photo du Pavillon Populaire de Montpellier et à la contemplation des œuvres il ne fait aucun doute que ce passé le hante encore. Des constructions, des maquettes d’immeubles, des visions de bâtiments aux échelles réduites, les images pourraient être confondues avec une simple présentation de projet archi à un client arpentant les lieux ; à un détail près, le gigantisme des photos est prenant. Il n’y a là que de simples vues frontales, sans une réelle intention de lumière (si ce n’est celle de nous permettre d’y voir quelque chose), et pourtant on se sent pris dans l’espace, dans la froideur, dans l’immense.

 

Patrick Tosani - Alignement n°4 - 2006

 

Les moins initiés ressortiront le sempiternel « je peux faire aussi bien », alors que les plus érudits de l’image y verront des allégories de vie et de mort, de pouvoir bâtisseur et destructeur de l’homme. Pour ma part, j’avoue être assez partagée. Cette collection photographique nous plonge dans ce qui se fait de plus contemporain en photo : la quasi absence de recherche de lumière narrative, la simplicité extrême des compositions et même des sujets d’un surprenant ennui. C’est ce qui fait la force de cette photo d’aujourd’hui.

 

Photo : Patrick Tosani - Extrait - 2007

 

Mais oserais-je l’avouer ? Si ce n’était pas pour la taille imposante des tirages, je n’aurais pas pris plus de quinze minutes pour faire le tour. La répétition des formes et des méthodes n’aide en rien.

 

Photo : Patrick Tosani - Figure n°20 - 1985

Pour avoir été un temps admirative des portraits épurés de Kimiko Yoshida, du plein / du vide, de certains paysages de Gursky, de la primeur du fond sur la forme d’artistes tels que Diane Arbus ou Sophie Calle, j’en retiens que la notion de « concept » ne doit pas obligatoirement prendre en otage l’esthétique.

 

Photo : Patrick Tosani - la cité - 1983

 

Depuis quand ne prend-on plus la peine de porter un minimum d’attention à la lumière en PHOTOgraphie ? Notre vision des choses est-elle à ce point devenue plate ? Faut-il tuer la lumière pour diriger le regard vers l’action, vers le sens ?

Où sont les Steichen, les Hamilton et les Eugene-Smith ? Vous voulez du contemporain ? Très bien. Où sont les Georges Rousse, les Michael Ackerman et les Jeff Wall ?

 

Photo : Patrick Tosani - Les chaussures de lait V - 2002

 

Bien sûr, les travaux de Patrick Tosani ne se limitent pas à ces vues froides (sinon mon avis ne serait pas aussi partagé). L’étage supérieur de la galerie présente pêle-mêle des images plus chaudes, plus lumineuses aux sujets plus variés. L’affiche même de l’exposition est tirée de ces images où une façade de papier semble prisonnière d’un brasier infernal. J’en voulais de la chaleur ?!! Des jeux de superposition qui font passer de la viande crue pour de la dentelle. Des portraits floutés qui font échos à la brume de la cécité. Voilà de l’épaisseur, voilà de l’expérimentation et du concept mêlés à du beau.

 

Photo : Patrick Tosani - M&P 2009

La seule chose que l’on ne puisse pas reprocher à Tosani, c’est de travailler avec des matières. Des vêtements, des liquides ou du papier. Et pour reprendre la si bien-nommée exposition, les « changements d’états »  de ces mêmes matières. Ses photos montrent des sujets périssables qui deviennent solides et immortels. Ses maquettes, faites à la chaîne, sont engluées dans de la peinture multicolores ou baignées d’autres images projetées sur les façades. Ces volumes vides deviennent alors porteurs de vie, prévision de leur contenu.

 

Photo : Patrick Tosani - Masque n°2 - 1998

 

La dualité des travaux de Tosani définit des décennies de recherche. L’homme modifiant l’espace, l’homme créant de nouveaux espaces, l’homme mettant en scène les espaces.

 

Photo : Patrick Tosani - Pieds et maquette - 2013

 

Une rétrospective où tout n’est que représentation spatiale et rapport d’échelles. A nous de trouver notre place.