“Au Bonheur des Fleurs”. Ma première réaction face au titre de cette exposition, consacrée aux belles du domaine végétal, a tout de suite été : « ça sonne comme Au Bonheur des Dames… ».
De là s’en est suivi tout un enchaînement d’idées sur l’aspect gnangnan et vieillot d’un tel sujet.
Oui je sais, honte à moi qui suis censée mettre de côté mes a priori injustifiés, et réfléchir sur l’art photographique comme une professionnelle, quel que soit le sujet traité par les grands de ce monde.
Et des grands, il y en a dans cette expo : Araki, Brihat et Friedlander, pour ne citer qu’eux, puisqu’il s’agit d’une exhibition collective.
Alors remettons les choses dans le bon ordre.

 

Thématique florale : l’introduction

Les fleurs. Une courte introduction sur les murs de l’exposition nous rappellera qu’il s’agit d’un sujet apparu très vite en photographie.
Et c’est tout bonnement vrai.
Modèles silencieux, à foison dans les campagnes du XIXe siècle, le monde végétal a su susciter l’intérêt. Des recherches expérimentales, comme a pu en mener William Talbot, précurseur du négatif, à des œuvres d’art magistrales à travers les yeux d’Ansel Adams, d’Edward Weston ou d’Imogen Cunningham, maîtres absolus du courant Avant-Garde, les fleurs ont la qualité d’être des sujets immobiles et graphiques.
Mais ce qui nous est proposé ici est beaucoup plus récent, et n’a pratiquement aucune relation avec la sempiternelle macrophotographie.
Bref, remise à ma place, c’est piquée dans ma curiosité que je passe le pas de l’expo.
Quelle est donc cette photo de flore actuelle ?

 

Denis Brihat

"Coquelicot" (1989) © Denis Brihat

Le témoignage de Brihat

Ce qui nous attend en premier lieu n’est pas une splendide photo de fleur qui nous couperait le souffle et mettrait tout le monde d’accord sur mon précédent laïus, mais une vidéo de plutôt mauvaise qualité.
C’est le photographe Denis Brihat qui est aux commandes. Il évoque pour nous ses débuts, ses expériences, ses rencontres.
Je vous avoue très franchement qu’il faut arriver à oublier l’immobilité du cadrage frontal et les grésillements de la pellicule pour saisir le meilleur, à savoir un personnage haut en couleur mais humble, avec une approche de la photo très perso et assez root.
Pendant plus de trente minutes, il parlera du choix qu’il a fait de fuir le système « alimentaire », si facile et rémunérateur mais dépourvu de toute conception créatrice.
Il ne nie pourtant pas qu’il n’a commencé à vivre « hors de l’angoisse économique hebdomadaire qu’à plus de 60 ans », et va même jusqu’à concevoir que « la photo est devenu un art grâce aux banques américaines » (notamment grâce aux investisseurs qui ont soutenu Stieglitz et sa Gallery 291).