Ok. En cette fin d’année 2012, le Pavillon Populaire de Montpellier avait décidé de nous lancer des défis de première catégorie, pour tester notre soif de culture.
Déjà, rien que pour tenter d’approcher la galerie photo, il fallait affronter les dizaines de chalets du marché de Noël installés sur l’esplanade, et, en plus de ça, ne pas être du genre agoraphobe, sinon vous ne seriez pas allés plus loin que le stand qui vous offrait une crêpe si vous achetiez deux figurines en verre soufflé…

 

Puis, viennent les titres de ces expositions. Après “Au Bonheur des Fleurs”, qui sentait bon l’amidon et les tapisseries vieillottes (seulement en apparence, souvenez-vous), c’est au tour de “Adieu la Suisse” de nous laisser perplexe. À part ceux qui pourraient avoir un rapport plus ou moins proche avec le petit pays, et les adeptes de la glauquitude façon François l’embrouille, qui se sentirait attiré par un tel intitulé ?
Heureusement que la base line « Construction et déconstruction d’un mythe photographique » nous rassure un peu. Mais soyons forts et passons outre.

 

Une Suisse brute, au-delà des clichés

C’est une exposition collective de photographes suisses, que nous propose donc le Pavillon.

« Jimmy et le Cilo Cross » © Yann Gross

« Jimmy et le Cilo Cross » © Yann Gross

Aaah, la Suisse. Son chocolat, ses chants tyroliens, ses paysages montagnards, ses ….. !!!!….. ????? ……. terrains vagues ?!…..
Eh oui. Fini les clichés de Heidi et de « Belle et Sébastien », voici la dure réalité d’une Suisse actuelle ; et le fond sonore grinçant des pelleteuses qui résonne dans les salles, nous le rappelle sans cesse.
Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien que la Suisse est un pays riche et occidental, et qu’à ce titre elle est industrialisée.
Et c’est ce qu’ont voulu nous montrer les photographes de cette exposition : une Suisse moderne, loin des clichés… mais pas tant que ça, tout de même.
Les très grands formats de cette exposition révèlent des tirages très récents. Et la photographie contemporaine est assez connue pour son côté austère ou minimaliste.
Ne vous attendez donc pas à voir des œuvres classiques, où la lumière et la composition rivalisent. Non, sur l’immense majorité de ces images, seul un semblant de travail avec les tiers est à noter. Pas de lumière, pas d’étalonnage, énormément de profondeur de champ. Aussi nu, froid, et cru que la réalité. Brut, sans effets.

 

Le feu au lac : ambiance fin de règne

Des paysages vides, délabrés et abandonnés sous la neige. Des intérieurs où le kitsch et le mauvais goût forcent encore la place aux nouvelles technologies des années 70 (!!). Des adeptes de courses de camions et des bars à bikers. Tout paraît glauque, ringard, à la limite d’un Texas arriéré.

"Alles in Ordnung - ref115" © Nicolas Faure

"Alles in Ordnung - ref115" © Nicolas Faure

Quelques exemples, comme ce « Jimmy et son cilo cross » de Yann Gross, ou encore les vues enneigées de Nicolas Faure, suffiront à cerner les divers sujets rassemblés.
Du coup, la seule photo de paysage avec une intention esthétique devient carrément hors sujet.

 

Dans le fond de l’expo, deux vidéos sont projetées en simultané, et diffusent, façon caméra de sécurité, des vues d’activités urbaines diverses, des défilés de tambours, des réparations de voiries, des plans fixes sur une scène immobile, des danseuses version Pierrafeu family en peau de plaid sous un ciel gris, un alcoolo dans un tas de journaux qui finit sa nuit.
On dirait presque les séquences de la rubrique « devinette » de l’émission culturelle franco-allemande Karambolage.
Comment ne pas tomber dans les clichés d’une Suisse lente, pas très sexy et à côté de la plaque, après tout ça ?

 

Helvetic Blues

"Des Tages Bürde" © Steiner Albert Heinrich

"Des Tages Bürde" © Steiner Albert Heinrich

Comme en Suisse, il faut prendre de la hauteur pour voir ce qu’il y a de mieux.
Au premier étage du Pavillon Populaire, les œuvres les plus impressionnantes se trouvent être les photochromes (colorisation de photos noir et blanc) d’illustres inconnus, autour du paysage suisse (1900-1910). Ce traitement, qui est flagrant, donne une impression de vieilles cartes postales délavées des années 50.
Mais il est là, ce fameux cliché niché dans notre inconscient. On apprend que cette idéalisation du paysage alpestre vient en grande partie de ce cher Rousseau et de son roman La Nouvelle Héloïse.
En se baladant dans ces couloirs, on se rend très vite compte que la mise en scène du dispositif nous aide à faire une comparaison entre des images du début du XXe, et des travaux plus contemporains et déstructurés : d’un côté aujourd’hui, de l’autre hier. Sur un pan de mur Stollenwerk, en face Steiner.
Des blocs de béton froid contre des cascades, des angles durs contre des vallées, des parkings déserts de supermarchés contre un lac gelé où des sportives endimanchées patinent.
Le cadrage frontal terne contre des plongées sépias.
L’inertie contre la vie.
Choisissez votre camp. Les deux viennent de temps différents, les deux racontent des histoires différentes, les deux correspondent à une vision de l’humanité, de la direction de notre monde. L’une nous est familière, mais c’est l’autre que l’on persiste à vouloir retrouver.

 

Remettre les coucous à l’heure

Alors oui, ce n’est pas un rassemblement d’œuvres d’art mémorables, mais il faut y aller en se disant qu’on sera confronté à une problématique, un questionnement de soi et de notre société.
Cependant, une dernière petite surprise nous attend dans la dernière salle.

"Snow Management - Scene D6" (2004) © Jules Spinatsch

"Snow Management - Scene D6" © Jules Spinatsch

Le travail du photographe Spinatsch serait de loin le plus intéressant à retenir, esthétiquement parlant. Des jeux de lumières artificielles sur des pistes enneigées, travaillées en clair-obscur, se marient parfaitement avec le dispositif de lumière intimiste de la galerie. Le grand format presque carré et l’encadrement noir rehaussent l’effet de recherche esthétique.
Petit cadeau photographique pour notre passage.
On sortira donc de là content d’avoir passé outre les préjugés, d’avoir tenu jusqu’au bout pour comprendre le message caché de ce monde helvétique, où le temps ne s’est donc pas arrêté.

 

 

 

Infos pratiques

Expo Photo Adieu la Suisse

 

Exposition – « Adieu la Suisse »
Jusqu’au 10 février 2013
Pavillon Populaire
Espace d’art photographique de la Ville de Montpellier
Esplanade Charles-De-Gaulle – 34000 Montpellier
Ouvert du mardi au dimanche
de 10h à 13h et de 14h à 18h
Entrée libre
Ligne 1, station Comédie

 

Le site web du Pavillon populaire de Montpellier