Initium, un des huit films de fin d’études de la Promo 2013 d’ArtFx, a été nominé aux Visual Effects Society Awards dans la catégorie « Outstanding Visual Effects in a Student Project ». Ce court-métrage a été réalisé par Alexandre DÉCHEL, Adrien LAMBERT, Emeric LAROCHETTE et James ROSS-GREETHAM.

Film de science-fiction en full CG ayant pour thème la boucle temporelle, il met en scène le pilote John Carson, envoyé en mission pour empêcher une catastrophe menaçant la Terre de se propager, et ainsi impliqué dans une périlleuse course contre le temps…

 

 

Nous avons interviewé Alexandre DÉCHEL, Adrien LAMBERT et Emeric LAROCHETTE sur leurs impressions avant la cérémonie des VES, qui se tiendra ce Mercredi 12 Février à Los Angeles, et sur leur entrée dans le milieu professionnel après obtention de leur diplôme…

 

 

Comment avez-vous appris votre nomination aux VES Awards, et quels ont été vos sentiments à ce moment-là ?

 

Alexandre : « Au téléphone par un ami pour me féliciter d’avoir été sélectionné pour une sorte de fête, je n’ai rien compris sur le coup. Et puis j’ai reçu le mail de la part du VES. J’étais vraiment content que le travail de mes collègues et amis avec lesquels on a fait ce film soit récompensé. Et puis j’étais content pour moi aussi bien sûr. »

 

Adrien : « Un ami m’a envoyé un message en me souhaitant « Bravo pour les VES ! »… Sur le coup je n’avais pas bien compris, si c’était une blague ou pas. En rentrant du travail, j’ai donc vu plusieurs notifications sur des réseaux sociaux faisant mention des VES et de la nomination d’Initium et Runaway. J’ai donc regardé par moi-même sur le site des VES… Effectivement, nous étions nominés, à ma grande surprise ! »

 

Emeric : « J’ai appris ma nomination par un ami sur Gtalk et trois minutes plus tard, par mes Lead qui regardaient également la liste étant donné qu’il sont nominés pour Gravity, et qui voulaient me faire la surprise. »

 

 

J’imagine que cela a du vous faire plaisir, c’est prestigieux ! Est-ce que cette nomination vous a fait prendre un regard nouveau sur votre réalisation ?

 

Alexandre : « Je n’ose même plus regarder le film car tous les défauts d’animation me sautent aux yeux. Ce que ça m’a fait comprendre ? C’est que l’on ne sera jamais satisfait de son travail et que l’on ne pourra jamais avoir un regard objectif sur ce que l’on a fait. Finalement, seul compte l’avis extérieur. Et puis c’était presque mes débuts avec l’animation, j’ai encore énormément de chemin à parcourir dans ce vaste domaine. »

 

Adrien : « Après  avoir consacré autant de temps et d’efforts sur notre film, c’est une distinction qui nous a évidemment fait plaisir. Personnellement, quand je travaille sur un projet, j’ai toujours tendance à voir que ce qui aurait pu être mieux. Le fait d’avoir cette nomination m’a sans aucun doute apporté un oeil neuf sur le film. En le re-visionnant, malgré ses défauts, j’y ai vu le travail d’une équipe motivée et déterminée à donner son maximum pour livrer le film de science-fiction qu’elle avait imaginé, et de ce coté-là, on n’aurait pas pu mieux faire. »

 

Emeric : « C’est sûr que ça ne peut que faire plaisir, c’est plutôt gratifiant. Concernant mon regard sur le film, vu le nombre d’heures passées dessus, je le vois d’une manière assez verrouillée, c’est-à-dire que je ne vois que ses défauts. Mais si il fait plaisir à voir pour d’autres personnes, c’est là que ma satisfaction est la plus grande. »

 

 

Quels horizons considérez-vous voir s’ouvrir devant vous grâce à cette nomination ? (que ce soit une question de prise de confiance en soi, un nouveau pas dans l’univers cinématographique, un véritable honneur qui pourrait avoir un impact sur votre carrière… ?)

 

Alexandre : « Une aide pour prendre confiance oui, mais après je ne suis pas sûr que ça nous facilite l’embauche. Je crois plutôt que ce sont nos bandes démos personnelles qui comptent. Ça ne veut pas dire non plus que je n’essaierai pas de me servir de cette nomination… »

 

Adrien : « D’un point de vue professionnel, la perspective de ce que pourrait m’apporter cette nomination reste assez floue pour le moment, j’ai encore un peu de mal à vraiment réaliser. C’est une distinction très reconnue dans le milieu et j’imagine que ça ouvrira sans aucun doute certaines portes ! L’avenir nous le dira. En tout cas, cela reste un véritable honneur, je suis très fier que notre film ait pu être nominé. Et je suis content que notre chère école, ArtFx, puisse bénéficier de la notoriété des VES une nouvelle fois. Je pense que ça permettra aux futures promotions de s’intégrer dans le milieu professionnel plus aisément. »

 

Emeric : « C’est difficile de répondre à cette question parce que, honnêtement, je fais un peu le métier dont je rêvais, c’est-à-dire lighting TD en long-métrage, donc à part devenir, au fil des années, senior puis lead (et qui sait ? Head un jour ?), ça ne changera pas beaucoup de choses. Cette nomination est toujours chaleureusement acceptée, et du coup, on ne peut qu’être contents de l’avoir. J’espère que ça permettra aux étudiants des promotions suivantes d’être motivés à créer les meilleurs films possibles. »

 

 

Comment s’est déroulée votre entrée dans le milieu professionnel, dès la période qui a suivi le Jury Pro de votre promotion en 2013 ?

 

Alexandre : « D’abord, j’ai été pris en stage puis embauché dans la même boîte, chez Éclair Group, pour travailler sur un téléfilm documentaire. »

 

Adrien : « Suite au Jury, j’ai eu la chance de travailler quelques jours plus tard, en début Juillet pour Forêt Bleue Montpellier sur le compositing d’une partie du film « Minuscule, la vallée des fourmis perdues » avec trois autres collègues de la promo  dont Ludovic Fregé de Runaway. Sachant que le contrat ne durerait que quelques semaines, j’ai continué à postuler. Pixomondo m’a répondu et m’a proposé un entretien pendant ma période à Forêt Bleue. Après un lourd déménagement, j’étais ensuite parti pour l’Allemagne. Très vite, ma préoccupation était de m’adapter à leur pipeline de production. Je suis ensuite retourné en France, après cette expérience. Pendant quelques semaines, je me suis consacré à réaliser une démo qui mettrait mieux en valeur mon travail. Entre-temps, j’exécutais des missions en Freelance dans un studio parisien : Cutback Production. Pendant une semaine, je faisais le lighting, rendu, shading du nouveau générique « Watts top 10 » d’Eurosport. Puis  une autre semaine pour réaliser des matte paintings animés qui seront diffusés sur des écrans géants pour servir de décor à la comédie musicale « Robin des Bois ». Une fois ma demoreel terminée, j’ai décidé de chercher du travail sur Londres. J’ai donc obtenu des entretiens avec plusieurs studios. Sachant que j’étais disponible et prêt pour aller à Londres, Benoit Gielly, de la promo 2013, a fait remonté ma démo à son supérieur. Intéressé par mon travail celui-ci m’a contacté dans la journée. Le lendemain, j’avais un entretien pour The Mill. Cette interview avec Tom Walter et Rajal Mahida fut très positive. La semaine suivante, Rajal m’informait qu’ils voulaient que je rejoigne leur équipe au plus vite. »

 

Emeric : « J’ai pris un mois de vacances, vraiment super, et dans l’attente d’une réponse (de soit MPC, soit Framestore de préférence), j’ai envoyé un mail au bout d’un moment pour savoir ce qu’il en était, du coup Framestore m’a dit que ma demoreel avait plu et que j’aurais une interview téléphonique quelques jours plus tard. J’ai eu ma réponse le lendemain de l’interview (de fait, voilà mon conseil : il ne faut pas hésiter à rappeler sa présence au moins une fois…). Par la suite, une fois à Londres, c’est une nouvelle vie qui commençait. Mon premier jour, j’étais assez intimidé de me retrouver là-dedans, en me disant ‘ça y est, j’y suis’. Mais au fil du temps, on prend ses repères et on s’habitue. »

 

 

Quels sont les gros challenges auxquels vous avez du faire face depuis le début de votre carrière (aux niveaux techniques et changement de train de vie) ?

 

Alexandre : « J’ai un parcours un peu atypique puisque j’ai déjà travaillé pendant presque dix ans avant Artfx, je connais donc déjà bien le monde du travail. Mais ma passion pour ce domaine est récente et c’est un nouvel univers pour moi qu’il me tarde de découvrir. Je suis surtout content d’enfin travailler dans ce que j’aime. »

 

Adrien : « Techniquement, à Pixomondo, il y avait bien sûr des plans plus complexes que d’autres qui prenaient vraiment du temps… Mais du temps, on en avait ! De ce coté-là on ne nous pressait pas (en tout cas sur la production sur laquelle j’ai travaillée), et c’était plutôt agréable. Travailler sur le générique de « Watts top 10″ en revanche était d’un coté plus difficile, j’avais cinq jours pour sortir les dix plans, chacun avec une ambiance qu’il fallait lui trouver. En s’organisant et en travaillant dans la bonne humeur, nous avons pu rendre tous les plans à temps. J’étais d’autant plus touché que le client ait vraiment apprécié le travail de toute l’équipe. Rester plusieurs mois loin de sa compagne est aussi une toute autre épreuve à laquelle la plupart des infographistes sont confrontés à un moment ou à un autre. »

 

Emeric : « Dès mon arrivée à Londres, le challenge fut l’administratif (ouverture de compte, appartement…), ensuite, la langue un peu, et au niveau du travail, le challenge était simplement de connaître le pipeline et le workflow et d’être à l’aise au sein du studio avec les demandes des producteurs, des collègues… mais comme tout, on s’y fait. »

 

 

Des objectifs et projets personnels que vous voudriez partager ici ?

 

Alexandre : « Dans l’immédiat, m’améliorer dans l’animation et l’anglais pour intégrer un studio de prévis».

 

Adrien : « Des projets personnels, toujours ! Pendant mon temps libre, je travaille surtout sur un court-métrage que je réalise avec ma copine, et mon frère pour l’écriture. « Secret Stone » sera un court-métrage full CG se déroulant il y a bien longtemps, en Asie… Il prendra le temps qu’il faut pour se faire, mais il sortira un jour ! »

 

Emeric : « Honnêtement, après Initium, le nombre d’heures passées à faire le film, et aujourd’hui après des journées de 8h toujours devant Maya, la motivation le soir pour les projets personnels n’est pas toujours au rendez-vous. Mais j’y pense oui, et j’ai un projet prévu tout de même, parce que ça reste une passion et le fait de faire des images personnelles de a à z me manque depuis Framestore. »

 

 

De quelle façon avez-vous mis au mieux à profit les notions inculquées au cours de votre cursus à ArtFx, et pensez-vous que l’école nous prépare spécifiquement au travail en studio de production, ou est-ce plus que cela ?

 

Alexandre : « Je ne vois pas ce qu’Artfx pourrait faire de mieux pour nous préparer. Et puis je n’ai pas encore l’expérience pour juger vraiment. »

 

Adrien : « ArtFx apprend certes de la technique, comment se servir des logiciels… cela aide sans aucun doute en studio ! Mais elle nous a surtout appris une méthodologie et une organisation qui aident vraiment à être efficace en production. Réfléchir avant d’agir, organiser son travail en amont m’a été primordial pour aborder certaines problématiques et vite les résoudre. »

 

Emeric : « L’avantage des étudiants artfxiens une fois sur le marché du travail, c’est d’être plus à l’aise techniquement que les autres. De fait, on est globalement assez efficace. Après, pour les facilités du travail en studio, ça dépend de chaque personne, mais tout le monde peut y arriver avec de l’implication. »

 

 

Un mot pour la fin ?

 

Alexandre : « Merci à toute l’équipe d’Artfx pour nous avoir permis d’obtenir cette nomination et à la qualité de l’enseignement. Merci aux enseignants qui nous ont toujours remis dans la bonne direction. Et merci aux autres étudiants qui nous ont aidés sur la fin. Et un remerciement tout spécial à mon amis Nicolas Malard, qui a pris en charge la musique, il a fait comme d’habitude : du pur son ! »

 

Adrien : « Restez motivés, soyez curieux, tout se passera bien pour vous. »

 

Emeric : « Travailler à l’étranger, en plus de travailler dans les studios les plus reconnus, permet de connaître une nouvelle vie, donc je ne peux que conseiller ce choix. Si faire des images de a à z est votre plaisir, ne cherchez pas à travailler dans le film, choisissez la pub. Bonne chance aux futures promotions, patience, et un jour ou l’autre on sera collègues et on partagera un pinte un soir, pour fêter ça ! »

 

 

Merci à vous et très bonne continuation !

 

 

Pour voir le film et le making-of

 

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Pour voir la liste complète des nominés, dans toutes les catégories, de la douzième édition des VES Awards

 

Adrien LAMBERT : chaîne Vimeo

 

Emeric LAROCHETTE : chaîne Vimeo