Photographe et réalisateur, Julien Mokrani a rendu hommage à sa façon à deux comic books d’importance. Le résultat : deux fanfilms qui ont fini par lui ouvrir plusieurs portes dans l’industrie cinématographique. Rencontre avec un amoureux du cinéma et un amateur éclairé du film noir et de l’expressionnisme…

 

Julien Mokrani

 

Dobbs : Tout d’abord merci à toi de te prêter à ce petit jeu de l’interview technique…
Julien, peux-tu me dire d’où vient ta passion pour le cinéma et les effets visuels ?

 

Julien Mokrani : Je suis né durant la période de rupture entre stop motion et CGI, que dire de plus ? Les dessins animés et le cinéma à effets m’ont profondément marqué en salle, notamment des films comme Taram et le chaudron magique (glauque et sombre, avec une animation excellente) ou encore Jurassik Park. Ce dernier m’a juste donné envie de faire des dinosaures en 3D, grâce à des plans mémorables comme la poursuite de la voiture avec le T-Rex sous la pluie.

 

À mes yeux, la révolution CGI a été une révélation, car le stop motion traditionnel avec ses ruptures demeure un fossé pour moi, même si j’admire les découvreurs comme le maître Ray Harryhausen ! Malgré tout, je suis assez fan de productions telles que Paranorman dont le stop motion est assisté par ordinateur, et c’est devenu extrêmement fluide et prenant.Batman : Ashes to Ashes (2009) - © Julien Mokrani
En fait, la fluidité c’est capital pour moi, tout comme l’émotion et l’histoire. C’est pour ça que j’adore le travail de Jim Henson et ses créations (des Muppets à The Storyteller en passant par Dark Crystal qui reste un film très important pour moi). J’aurais bien aimé voir un film comme Mars Attacks avec les aliens non pas en CGI mais en marionnettes, avec les tests qu’ils avaient réalisés à l’époque…

 

Dobbs : Tu es réalisateur, monteur, directeur VFX… Es-tu un autodidacte ou as-tu suivi une formation spécifique ?

 

JM : Parfaitement autodidacte… J’ai pour ma part compris très tôt au collège que mon truc serait le travail de l’image (malgré mes profs d’ailleurs). J’ai commencé dans des TV locales, puis ensuite dans le secteur associatif avec un intérêt particulier pour la musique et les labels rock. Ensuite, c’est une histoire de rencontres : perdu à la fac du Mans, j’ai découvert une salle de montage où j’ai appris sur le tas le fonctionnement d’Avid avec un vieux bonhomme qui m’a laissé me servir du matériel, tant que je le laissais tranquille (rires).
Mon approche a toujours été la recherche de l’équilibre entre le plus empirique/littéraire et la technique, et ça a été aussi le cas au-delà du montage : j’ai appris la photo, la réalisation, les VFX sur le terrain, par des rencontres.

 

Dobbs : Pourquoi et comment en es-tu arrivé à faire des fanfilms aussi ambitieux que Batman : Ashes to Ashes ou encore Welcome to Hoxford ?

 

JM : Des rencontres encore, comme avec David Tomaszewski qui avait gagné un George Lucas Fan Film Award, en 2004 (avec son Escape from Tatooine). Il m’a montré qu’il y avait quelque chose de très important dans le fait de faire des films : prendre du plaisir.

 

Welcome to Hoxford (2009) - © Idea & Design Works Samuel Bodin m’a fait aussi entrer dans l’univers des comic books, monde que je connaissais très mal (à part Spawn peut-être…). Et c’est quelque chose qui m’a immédiatement fasciné, avec ce lien des graphic novels à la peinture, au cinéma, à la littérature… comme les écrits de Miller ou encore ceux de Moore ou Tim. Mais entre un Batman : Ashes to Ashes (qui a coûté 6000 euros et nécessité 13 jours de tournage avec 90% de la prod faite à deux), et les challenges de Welcome to Hoxford, il y a de la marge…

 

Faire Hoxford, adapté de la mini-série de Ben Templesmith, était un défi en soi. On a eu des ratés lorsque le “pipe” n’a pas tenu sur une séquence et que je ne voulais pas changer le planning…
Mais on a eu d’hallucinantes fiertés comme celle du loup-garou avec 30 personnes qui ont pu travailler dessus, du concept au rendu, en passant par les sculpts, les tests, le rigging, la gestion du volume et de la lumière… Une vraie émotion à la vue du nouveau né !

 

Dobbs : Julien, justement, peux-tu me donner un film à FX qui t’a ému récemment ?

 

JM : Je parlais de l’importance de l’histoire dans ce qui peut me toucher au cinéma… Pour moi, les VFX et le montage sont là pour ponctuer les films et leur(s) histoire(s) au fur et à mesure. Dernier exemple d’une scène impliquante à FX : celle du cheval qui traverse les tranchées, dans le WarHorse de Spielberg.
Mais bon, là j’attends surtout le Cloud Atlas des Wachowski !

 

Welcome to Hoxford, the Fan Film (2011) - © RagemanDobbs : Le fanfilm a porté ses fruits on dirait, tu es bien booké. Peut-on en parler ?

 

JM : C’était un travail de longue haleine avec plus d’un an de bataille pour présenter le film, le diffuser etc. Personne n’a été payé, 300 personnes ont travaillé gratuitement dessus dont 140 graphistes, c’est juste énorme. Tout ça pour ce fanfilm qui présente ma vision de l’univers de Templesmith que nous adorons.

 

Aujourd’hui, on me propose des projets de longs métrages. Certains sont signés, d’autres en développement. Je fais pas mal de compétitions et j’ai d’autres adaptations en tête. Je fais aussi de la DA et de la coordination de créatures pour certaines productions.

 

Dobbs : Je vois… Merci encore à toi Julien, et plein de bonnes choses pour la suite. N’oublie pas que tu es toujours invité chez Artfx pour visiter les locaux et faire une conférence aux étudiants.

 

JM : Ce sera avec un immense plaisir, Olivier.

 

 

Fanfilms de Julien Mokrani : trailers et making of

 

« Batman : Ashes to Ashes » from Julien Mokrani on Vimeo.

 

« Welcome to Hoxford, the Fan Film » from Julien Mokrani on Vimeo.

 

« Welcome to Hoxford » : VFX Technical Breakdown from Julien Mokrani on Vimeo.

 

Making of « Welcome to Hoxford » – Ep 1 : Ray & Morton from Julien Mokrani on Vimeo.