C’est sur un vers du poème Le Cimetière Marin de Paul Valéry que s’ouvre le premier extrait du nouveau (et peut-être dernier) long-métrage d’animation d’Hayao Miyazaki : « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ».

 

 

Chaque film de ce fabuliste japonais est un événement. C’est à ce maître de l’animation que nous devons de fines merveilles tel Le Voyage de Chihiro, Mon Voisin Totoro, ou encore Ponyo sur la Falaise. Annoncé comme son ultime réalisation, Le vent se lève (le titre original est Kaze Tachinu) raconte l’histoire de Jiro, un jeune ingénieur dont le rêve le plus cher est de mettre au point le meilleur avion jamais réalisé. Inspiré d’une véritable histoire, le film tranche en partie avec les productions précédentes, puisque l’action se déroule à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, s’ancrant résolument dans le réel.

 

 

 

Un film de Miyazaki sans dragon, sans esprit ni fantôme, sans château volant ? Ne vous inquiétez pas, le parti pris est moins radical qu’il ne paraît, et si Miyazaki a décidé de se cantonner à la réalité, c’est pour nous offrir un magnifique tour de passe-passe en écho aux origines et à l’enfance du réalisateur. Ceci serait ainsi son œuvre la plus intime…

 

 

 

Onzième long-métrage de Miyazaki, il a été très applaudi à l’issu de sa projection à la Mostra de Venise l’automne dernier. Au Japon, où il est déjà sorti depuis l’été, ce film rencontre un très grand succès, comme le confiait l’un des producteurs du studio Ghibli, le studio historique du génie de l’animation. En France, le film ne sort que le 22 janvier. Pressenti comme l’un des favoris des prochains Oscars, le film est déjà nominé en tant que « meilleur film en langue étrangère » aux Golden Globes 2014.

 

 

 

 

Insolent de poésie

 

 

Sensible, Le Vent se lève s’est rapidement vu attribuer un très fort message pacifiste. Il s’agit d’un authentique biopic de Jiro Horikoshi, un ingénieur aéronautique dont la trouvaille offerte au monde fut une machine à tuer. Ses designs ont mené à l’élaboration du Mitsubishi A6M Zero Fighter, massivement utilisé par l’Empire japonais lors de la Seconde Guerre mondiale pour ses effets dévastateurs.

Concernant l’histoire écrite par Miyazaki, nous pouvons d’ores et déjà établir que son personnage principal est dénué d’introspection, puisqu’il n’imagine pas même les conséquences de la fabrication de sa « terrible créature »… Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro (le héros) rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa vue déficiente l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde. Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence : le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose, l’entrée en guerre du Japon… Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

 

 

 

Déjà avec la sublime bande-annonce, on retrouve dans ce film des éléments et thèmes récurrents propres à l’univers de Miyazaki : l’initiation, l’enfance, l’écologie, les rencontres, les valeurs universelles… L’architecture du film repose essentiellement sur des scènes oniriques, mais il serait difficile de ne pas sentir la mort en marche ni la verve de Miyazaki dans sa dénonciation de l’absurdité de la guerre. Quant à l’esthétisme du film, Miyazaki a su trouver, comme il le clame, « le juste équilibre entre travail à la main et travail à l’ordinateur », ce dernier reposant surtout sur la technique de peinture numérique, « pour que je puisse encore dire que mes films sont en 2D ». Un rendu des plus élégants, avec souvent de bouleversantes et sublimes images.

 

 

 

 

Le vent provoque des rencontres !

 

Le départ à la retraite de ce grand dessinateur, scénariste, réalisateur et fanatique de Manga est d’ores et déjà, disons-le, remis en question… Quoi qu’il en soit, Les Simpson lui ont rendu un très bel hommage dans leur épisode du Dimanche 12 Janvier. On peut y voir la ville de Springfield remplie de références à l’univers de Miyazaki, notamment le chat-bus de Mon Voisin Totoro, le dragon (stylisé !) du Voyage de Chihiro ou encore des allusions à Kiki la Petite Sorcière… À voir, décidément !

 

Lien de l’épisode des Simpson

 

Lien de la bande-annonce du film