** En direct du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand **

 

Dans le second bâtiment dédié à l’Atelier, nous pouvions faire une étrange rencontre avec « un fabricant de monstres et de personnages », ainsi qu’il se définit lui-même. Jérémy Lebrun est, comme on peut l’appeler communément, maquilleur d’effets spéciaux pour le cinéma. Ce jeune professionnel nous a fait découvrir son univers, plein de latex, de mousses et de pâtes en tout genre. Sa mission : transformer n’importe quel acteur en un terrible monstre.

 

Maquilleur d’effets spéciaux : un métier exigeant

Formé à Métamorphoses, l’école de maquillage professionnel de Strasbourg, Jérémy Lebrun a appris en 8 mois de cours intensifs à observer et à produire un masque, une prothèse ou une animatronique pouvant être utilisés sur les plateaux de tournages. Il travaille en collaboration avec des designers et des dessinateurs pour créer des créatures, plus horrifiques les unes que les autres.

 

À raison de 5 heures de cours pratiques par jour et d’une journée par semaine de cours théoriques, il a appris à maîtriser le difficile art de la conception de prothèses en tout genre, utilisant quantité de matériaux très variés : latex, silicone, mousse de latex, colle spéciale, argile, etc. Comme il nous l’a confié, « ce métier requiert avant tout beaucoup d’expériences pratiques et de bricolages ».

 

Les maquilleurs d’effets spéciaux doivent être capables de créer des effets extrêmement divers : des effets de vieillissement, des cicatrices, des prothèses, des impacts de balle ou plus imposants encore, des tyrannosaures en animatronique comme on peut en voir dans Jurassic Park.
Bien sûr, tout ceci dans un souci d’efficacité et avec pour unique objectif, le meilleur rendu possible à l’image, peu importe la méthode utilisée.

 

« À l’heure du tout digital, nous constatons que les effets numériques ne sont pas toujours parfaits et entraînent des procédés spécifiques qui ont leurs avantages mais aussi leurs contraintes. Pour cette raison, le recours à des maquilleurs d’effets spéciaux en complément permet d’obtenir une meilleure flexibilité », nous explique-t-il. « Il ne faut pas opposer maquillage traditionnel et effets numériques : ils sont complémentaires ».

 

Les réalisateurs peuvent également choisir de faire appel à des décors et à des maquillages réels pour donner aux acteurs un vrai retour en direct et une vraie immersion, plus difficile à obtenir avec des tournages sur fond vert. Dans le cas d’effets de vieillissement, il est aussi plus facile d’utiliser un maquillage.

 

Les étapes d’un maquillage SFX

Pour l’édition 2013 de l’Atelier, Jérémy Lebrun a été amené à réaliser un maquillage de Frankenstein pour l’École Louis Lumière. C’est lui-même qui a créé la prothèse du visage ; la prothèse dentaire et le « poilage » de la créature ont été réalisés par Laurent Brugière.
Jérémy nous explique les différentes étapes de travail pour parvenir à ce résultat.

 

Jérémy Lebrun - Maquillage SFX - Make Up Artist - AtelierLa création d’une prothèse aussi complexe a demandé environ une semaine de travail pour la réalisation et pas moins de deux heures et demi pour la pose sur l’acteur et la mise en place des dernières finitions.

 

La première étape du travail consiste à faire un moule du visage de l’acteur, afin de pouvoir par la suite créer une prothèse parfaitement adaptable à son visage.

 

Ensuite commence le long travail de mise en place des volumes principaux pour donner un aspect général.
L’étape suivante consiste en l’ajout de détails, des cicatrices ou des rides par exemple, pour terminer par la finalisation lors de la pose du masque sur l’acteur.

 

À la fin du tournage, il faudra plus d’une heure pour retirer son masque à l’acteur. Pourquoi est-ce si long ? Tout simplement pour éviter de blesser l’acteur, car le masque est fixé sur son visage à l’aide de puissantes colles. Il faut donc procéder minutieusement, petit à petit, en utilisant les produits adéquates tels que des solvants pour dissoudre la colle.

 

Retrouvez toutes les photos de son travail sur le blog de l’Atelier.

 

L’avenir de la profession Make-Up Artist

Nous avons demandé à Jérémy quels étaient ses conseils pour ceux qui envisagent de faire cette profession, et quelles étaient les perspectives d’avenir du métier dans une période où les effets numériques sont omniprésents.

 

« C’est d’abord un travail de passion pour lequel il ne faut pas compter son investissement et ses heures. Il ne faut pas hésiter non plus à s’ouvrir à l’international, le maquillage d’effet spéciaux étant davantage sollicité dans les productions américaines pour créer des monstres en tout genre », précise Jérémy.

 

Parmi les perspectives d’avenir de la profession, il faudra sans aucun doute compter avec l’utilisation de logiciels tels que ZBrush (logiciel de sculpture numérique) pour la conception, et le recours à l’impression 3D pour la réalisation du masque.
Mais il faudra toujours faire appel aux talentueux artisans que sont les fabricants de monstres pour finaliser la prothèse, créant ainsi un nouveau pont entre techniques traditionnelles et techniques modernes.