Runaway, un des huit films de fin d’études de la Promo 2013 d’ArtFx, a été nominé aux Visual Effects Society Awards dans la catégorie « Outstanding Visual Effects in a Student Project ». Ce court-métrage a été réalisé par Romain CHAULIAC, Ludovic FREGÉ, Yoann GOURAUD et Quentin MEDDA.

Film de science-fiction à effets spéciaux, mêlant prise de vues réelles et intégration d’éléments virtuels, il raconte la journée d’Ernest, qui tient une station service perdue au milieu du désert, dont la sieste va être soudainement perturbée par l’arrivée d’un gros client…

 

 

Nous avons interviewé Romain CHAULIAC, Ludovic FREGÉ, Yoann GOURAUD et Quentin MEDDA sur leurs impressions avant la cérémonie des VES, qui se tiendra ce Mercredi 12 Février à Los Angeles, et sur leur entrée dans le milieu professionnel après obtention de leur diplôme…

 

Comment avez-vous appris votre nomination aux VES Awards, et quels ont été vos sentiments à ce moment-là ?

 

Romain : « J’ai appris l’information assez tard via Facebook. J’ai surtout été surpris et heureux de voir que deux films de l’école avaient été sélectionnés. »

 

Ludovic : « Je savais que les nominés seraient annoncés le 13 ou le 14 janvier donc je comptais jeter un oeil par curiosité comme tous les ans. Cependant, Yoann m’a devancé et m’a prévenu par SMS, j’ai donc été très surpris et content ! Cela peut paraître cliché de dire ça, mais on ne s’y attendait vraiment pas. »

 

Yoann : « J’étais au studio (The Mill)! J’ai appris que nous étions nominés à peu près lors de la mise en ligne des résultats, lorsqu’un collègue m’a annoncé la nouvelle. Avec Ludovic, nous savions que la date des nominations approchait (on en avait parlé quelques jours avant) mais ça m’était totalement sorti de la tête. À ce moment-là, ça m’a bien remonté le moral (car oui, ma journée n’avait pas commencé sous les meilleures auspices) et j’étais vraiment content. J’ai eu des félicitations de la part de mes leads, c’était vraiment sympa. »

 

Quentin : « J’ai vu la news dans la soirée, et en arrivant tout en bas de la liste, dans la catégorie Student Project, j’ai eu la très bonne surprise de voir notre film nominé, j’étais très content et assez ému d’être dans cette liste prestigieuse. »

 

 

J’imagine que cela a du vous faire plaisir, c’est prestigieux ! Est-ce que cette nomination vous a fait prendre un regard nouveau sur votre réalisation ?

 

Romain : « Oui, la nomination en elle-même est déjà une belle reconnaissance, ça replace de façon plus objective le regard que l’on a sur son propre travail. »

 

Yoann : « En effet, c’est très excitant. Le fait d’être nominé à-coté des blockbusters de l’année, c’est un accomplissement en soi! Je pense que ça nous a tous fait du bien dans le sens où Runaway, étant ce qu’il est, n’est pas vraiment un film qui s’adresse à un public large. C’est assez geek, très masculin (ok, c’est le cas de beaucoup de films) et son objectif, c’était surtout de nous vendre plutôt que de forcément plaire. Pour moi, ça a été un film qu’on a fait d’abord pour nous, et les gens en étaient conscients (du moins c’est ce que je pense) et en général, ça n’est jamais un film qui a fini sur le devant de la scène pour toutes ces raisons. Le fait qu’on soit nominés aux VES a vraiment un peu balayé ça et on a un peu « retrouvé » la foi dans notre film sur le fait qu’il puisse plaire à d’autres personnes. »

 

Quentin : « Hum…. non, pas vraiment. Je pense qu’on était satisfaits du travail accompli dans le temps imparti, même si bien sûr on ne peut pas s’empêcher en le revoyant de se dire ‘là il manque ceci, là il manque cela’…. j’aurais fait ça un peu différemment…. Mais je pense que c’est le cas sur tous les films sur lesquels on travaille. »

 

 

Quels horizons considérez-vous voir s’ouvrir devant vous grâce à cette nomination ? (que ce soit une question de prise de confiance en soi, un nouveau pas dans l’univers cinématographique, un véritable honneur qui pourrait avoir un impact sur votre carrière… ?)

 

Romain : « Le fait que le film soit dans cette prestigieuse liste offre une belle visibilité. Ça apporte de nombreux contacts et propositions de travail. »

 

Ludovic : « Je pense effectivement que cette nomination peut nous ouvrir des portes plus facilement mais pour l’instant il est trop tôt pour en juger, seul l’avenir nous le dira ! »

 

Yoann : « Personnellement je pense que ça va peut-être nous donner une certaine exposition dans le milieu, mais je ne prends rien pour acquis. Je suis un éternel pessimiste ! Non, plus sérieusement, je n’en attends rien de spécial. Comme on nous l’a appris, la seule envie que j’ai peut-être c’est de rester humble vis-à-vis de cette nomination. En soi, si ça peut nous donner des contacts supplémentaires, tant mieux. Tous les membres de l’équipe ont trouvé du travail (nous sommes 3 sur 4 à Londres), donc de ce côté-là nous sommes parés. Après, oui, il y a une certaine prise de confiance c’est sûr. Quand on doute (ce qui m’arrive souvent), c’est vraiment une nouvelle rassurante et personnellement ca me donne vraiment envie de continuer à aller de l’avant, à relever des défis, à m’aventurer en dehors de ma zone de confort. Il y a une certaine prise de risque inhérente à ce métier et je pense qu’avoir des « marqueurs » qui nous disent, comme cette nomination, « ok, je suis sans doute sur la bonne piste », c’est toujours un plus. »

 

Quentin : « Je pense que cette nomination est un honneur et une reconnaissance du travail accompli; après si ça peut nous donner un peu plus de visibilité, crédibilité et jouer lors des futurs recrutements, alors tant mieux. »

 

 

Comment s’est déroulée votre entrée dans le milieu professionnel, dès la période qui a suivi le Jury Pro de votre promotion en 2013 ?

 

Romain : « Très bien, j’ai pu concrétiser mes choix personnels et trouver du travail sans problème. Actuellement, je préfère travailler dans différents studios pour varier les expériences. Ce que je cherche avant tout, c’est la passion. »

 

Ludovic : « Après le Jury, l’école avait organisé une rencontre entre les étudiants et les studios présents. J’ai eu l’occasion de rencontrer quelques-uns d’entre eux et notamment Mathieu Arce travaillant pour Forêt Bleue. Ce studio est basé à Paris et depuis récemment à Montpellier. J’ai donc été embauché pour faire du compositing sur un long-métrage en stereo (Minuscule).  Suite à ce contrat, je suis parti à  Pixomondo Stuttgart pour 3 mois. Nous étions trois de la promotion, Adrien Lambert et Alexandre Marlier ont également été embauchés pour le même projet. Et finalement, aujourd’hui, je suis à Londres à One of Us. C’est une moyenne structure donc le travail est très intéressant et je suis amené à toucher à tous les domaines. »

 

Yoann : « Alors, pour ma part, j’avais vraiment préparé le speed-dating. Avant ArtfX, j’avais fait une école d’informatique. Au début, je n’assumais pas trop, je voulais mettre ça derrière moi. Mais on finit toujours par être rattrapé par son passé, comme on dit. Et au final, on utilise quand même l’informatique pour créer nos images, donc ça reste lié. Bref, j’ai mis en avant ce double profil un peu « exotique ». Sur le film, j’ai essayé de mélanger ces deux compétences, via la création d’outils customs, par exemple. C’est dans le making-of. J’ai eu de la chance, ça a beaucoup plu à The Mill, qui m’a rapidement fait une offre. Au final, j’ai eu 15 jours entre le Jury et mon premier jour à Londres. Ça a fait beaucoup de choses à gérer dans un laps de temps très court mais je ne regrette pas d’avoir dit oui. »

 

Quentin : « J’ai eu la chance d’être contacté par MPC avant même la fin de mes études à ArtFx, et malgré plusieurs autres propositions après le Jury Pro, j’ai accepté de rejoindre ce studio; dans un premier temps en tant que Modeller & Texture TD, où j’ai entre autre eu le privilège de participer au texturing du vaisseau principal du film Les Gardiens de la Galaxie. Et depuis le mois de Novembre, j’ai rejoint le département Environnement / Matte Painting du studio. Après ces 6 premiers mois, je suis agréablement surpris par la qualité et l’importance des tâches qui nous sont confiées en tant que Junior, ça fait plaisir! »

 

 

Quels sont les gros challenges auxquels vous avez du faire face depuis le début de votre carrière (aux niveaux techniques et changement de train de vie) ?

 

Romain : « Sur le plan technique, je dirais tout simplement de travailler avec un ensemble de nouveaux logiciels. Ça pénalise énormément sur la rapidité d’exécution, mais ça offre de nouvelles possibilités. »

 

Ludovic : « Techniquement, je n’ai pas trop eu de challenge, l’école nous forme très bien donc je ne me suis jamais retrouvé face à une situation insurmontable. Qui plus est, les personnes de la production font en sorte de nous donner des plans dont la difficulté est adaptée à notre niveau, donc je pense qu’il est rare de se retrouver face à un plan vraiment compliqué. »

 

Yoann : « Des changements, il y en a eu. Mais il en faut! On reste trop sur nos acquis. Surtout qu’on est juniors, c’est ridicule. Côté anglais ça allait, je n’étais pas perdu. Ça sert de regarder des séries… Si j’ai bien une chose à conseiller c’est de s’y préparer. De ce coté, Danielle (que je remercie au passage) nous a bien aidés. Donc en compréhension je n’avais pas de difficulté. Après, à l’oral, c’est comme tout: au début on galère un peu et une fois le « seuil de la honte » franchi, on progresse rapidement. Je sais que ça fait peur à certains mais franchement, on ne le regrette pas! Il y a aussi un certain pourcentage de français à The Mill (notamment quelques anciens d’Artfx) donc je n’ai jamais été perdu. Côté boulot, ça a été un peu compliqué. Étant junior, la première chose qu’on se demande c’est à quelle sauce on va être mangé. À The Mill en tout cas, ils m’ont tout de suite mis sur un gros projet (Call of Duty), sur un soft que je ne connaissais que de nom (Houdini), donc ça a été dur les premières semaines. Au final, c’était surtout pour me tester. Ça a fait beaucoup de choses en même temps qui ont fait que j’étais rarement satisfait de ce que je produisais à l’époque et ca se ressentait sur le moral, mais heureusement le test a été positif et depuis la situation s’est améliorée. Ensuite sur le plan technique, j’ai énormément appris en arrivant bien sûr… À The Mill il y a vraiment une bonne communication et d’excellents graphistes à tous les étages (j’aurais même tendance à dire à tous les sièges) et quand on rencontre des problèmes, c’est très rare de ne pas y trouver de solutions dans les minutes qui suivent. Je pense que l’essentiel c’est de rester à l’écoute, d’être curieux, et de s’ouvrir l’esprit à de nouvelles choses… »

 

Quentin : « Bizarrement je n’ai pas rencontré de problèmes purement techniques, mais je pense que le plus dur a été d’apprendre et de s’adapter à un pipeline assez lourd. »

 

 

Des objectifs et projets personnels que vous voudriez partager ici ?

 

Romain : « J’ai pour objectif de toujours garder la même passion pour ce que je fais. Je pense que c’est en partie ce qui fait la différence dans notre travail. »

 

Ludovic : « Pour l’instant, mes objectifs sont assez simples, j’ai envie de prendre du plaisir à travailler dans un studio dans lequel je me sens bien et aussi voyager ! »

 

Yoann : « En l’état malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à des projets personnels. Mais j’espère en faire courant 2014 car je pense que c’est important, d’une part pour se reposer l’esprit mais aussi pour se faire plaisir. Et quand on travaille pour quelqu’un d’autre que soi, c’est vraiment important de ne pas s’oublier dans l’histoire (dédicace au motard barbu). »

 

 

De quelle façon avez-vous mis au mieux à profit les notions inculquées au cours de votre cursus à ArtFx, et pensez-vous que l’école nous prépare spécifiquement au travail en studio de production, ou est-ce plus que cela ?

 

Romain : « L’école nous prépare sans problème à répondre aux exigences des différents studios. Mais pas seulement, on est surtout capable de s’adapter à des situations assez larges par rapport à notre domaine de compétence. Ça permet d’avoir réponse à un maximum de problématiques et surtout de garder une certaine indépendance. »

 

Ludovic : « Je pense qu’ArtFx nous forme vraiment très bien au travail en studio. Je pensais qu’il y aurait une différence notable une fois en entreprise et en fait non. Les seules différences sont que nous travaillons pour un client, que nous avons un peu moins de liberté dans les choix artistiques peut-être et qu’il y a de fortes chances que notre travail soit vu par beaucoup de personnes. Mais ceci mis à part, ArtFx et le milieu professionnel sont vraiment très proches. »

 

Yoann : « Oui je suis persuadé que l’école nous prépare bien pour les studios. Il suffit de regarder où sont la majorité des anciens d’ArtFx, c’est success story sur success story. La formation est calquée sur la demande des studios (en général) et évolue chaque année, donc globalement on est très bien préparés. Après c’est comme je le dis juste au dessus, la formation fait seulement de nous de « bons » généralistes. Pour moi, il a toujours été question d’aller voir au dessous, en dehors, derrière, bref de ne pas se borner à seulement ce qu’on nous apprend. Je pense que la plue-value de chacun se trouve ici, dans les chemins non balisés qu’on décide d’emprunter. Après, j’ai eu de la chance dans le sens où les conditions de travail à The Mill ressemblent beaucoup à l’expérience de production de dernière année. Là-bas, il faut être un couteau suisse et c’est précisément ce qu’on nous a appris à être. »

 

Quentin : « Depuis le début, j’ai eu la chance de faire principalement des tâches qui mêlent à la fois la technique mais aussi l’artistique (que ce soit lors du texturing du vaisseau ou lors de la création d’un environnement particulier) et c’est dans ce sens que les notions que j’ai apprises à ArtFx m’ont été le plus utile; on ne nous apprend pas à être uniquement des presse-boutons comme beaucoup peuvent le penser. »

 

 

Un mot pour la fin ?

 

Romain : « Run away. »

 

Yoann : « Un mot pour la fin, bien sûr, je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’aventure Runaway (qui se reconnaitront), l’équipe d’ArtFX, mes collègues de la promo 2013, ma famille, ma copine, mes amis. Grosse pensée à tout le temps que j’ai du sacrifier pour en arriver là. Je souhaite à tout le monde de trouver bonheur et passion dans ce métier qui est le nôtre (et bientôt aussi, le vôtre). »

 

Quentin : « L’Award est très loin d’être gagné au vu de la qualité des autres films en lisse; mais il faut avouer que ce serait aussi un beau cadeau pour les 10 ans d’ArtFx! »

 

 

 

Merci à vous et très bonne continuation !

 

 

 

Pour voir le film et le making-of 

 

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Pour voir la liste complète des nominés, dans toutes les catégories, de la douzième édition des VES Awards 

 

 

Romain CHAULIAC : chaîne Vimeo

 

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Quentin MEDDA : chaîne Vimeo