ArtFx a récemment mené un partenariat de composition en son avec la Vancouver Film School (VFS)*, autour de trois films réalisés par les élèves d’ArtFx*. L’occasion de revenir sur le travail du Sound Designer avec Aurélien Marini*, Professeur de Son chez ArtFx.

 

Les deux versions sonores du film « Migration »

>> 1ère version

– Musique et Design sonore : Aurélien Marini (Studio 2C) avec l’aide, pour le design sonore, des élèves de l’année préparatoire B et de la classe de 1ère année D

 


>> 2ème version

– Design sonore et mixage : Ryan Thompson / Musique : Robert Johansen

 

 

Dans quel contexte a été réalisée la bande son initiale ?

« Le film « Migration » a été réalisé par deux élèves de 3ème année, Elie Ly Kok et Matthieu Clopez, dans le cadre de leur programme. Quand je les ai rencontrés pour créer la musique du film avec eux en studio, ils venaient à peine de valider le storyboard et attaquaient seulement la version animatique, c’est-à-dire les premières ébauches animées. Ce sont ensuite les élèves de la classe prépa qui ont réalisé les effets sonores du film. Après un debrief avec les réalisateurs, ils sont partis de l’animatique pour créer l’ambiance et les effets. Comme le montage du film n’était pas définitif, les besoins en effets sonores n’étaient pas tous connus et il a donc fallu faire des rajouts et des ajustements pour caler la bande son avec le film finalisé.  »

 

Comment avez-vous construit l’univers sonore ?

« Avec les réalisateurs, nous sommes partis sur un univers post-apocalyptique, avec un mélange organique/mécanique. L’organique, avec les boucles de batterie électronique et le quatuor à cordes, permet de donner un côté « vivant » au personnage du monstre qui prend forme dans le film. Les sons très robotisés évoquent quant à eux le côté purement mécanique de cette transformation. Le travail sur les effets sonores rejoint pleinement cette idée. Pour créer la voix du personnage, les élèves ont mêlé plusieurs cris d’animaux à des bruits mécaniques, en essayant de donner une âme à ce monstre. Pour ce qui est de l’écriture musicale, je me suis orienté vers une écriture non-conventionnelle, c’est-à-dire non pas en 4 temps mais plutôt déséquilibrée ; il s’agit d’évoquer le claudiquement du monstre, une forme de démarche pas naturelle. »

 

Il y a donc de vrais choix narratifs dans le son ?

« Oui absolument. Nous avons choisi par exemple de ne pas faire débuter la musique dès le début du film. D’abord, on place le décor et le personnage. Les premiers éléments de la musique viennent appuyer certains effets sonores. Ca commence avec des notes de guitares qui accompagnent les premières explosions des vitres. L’intrigue commence vraiment là, avec la musique. On se rend compte qu’il y a quelque chose qui se passe et que c’est là qu’il faut regarder. La musique arrive par petites touches qui s’imbriquent progressivement les unes aux autres pour prendre forme, à l’instar du monstre qui va prendre naissance peu à peu.  »

 

Tu as visionné la version avec la bande son de la Vancouver Film School. Tes impressions ?

« A mon sens, la différence majeure entre les 2 versions ne concerne pas tant la recherche esthétique mais repose plutôt sur les conditions de réalisation. Au total, les prépas d’ArtFx associés au design sonore de ce film ont consacré à ce travail 8 heures, dans le cadre de leur programme, et ont travaillé à partir d’un support en version animatique. Le délai de production, musique et effets sonores, était de 2 mois. En ce qui concerne la version de la Vancouver Film School, ce sont les élèves du département « Sound Design for Visual Media » qui ont réalisé ce travail à partir du film déjà monté et étalonné, avec un délai de production un peu plus long. Mais mon propos n’est surtout pas de compter les points ! Ce que je veux souligner, c’est que ces deux expériences sont très représentatives au final des différences entre les productions dites ‘à la française’ et les productions ‘à la nord-américaine’. »

 

Tu peux expliciter ?

« Sur les projets français, le son est bien souvent la dernière roue de la charrette ! Dans le cadre d’ArtFx, on intègre le travail du son en amont, pour instaurer peu à peu de nouvelles habitudes de travail en studio. Mais dans l’univers professionnel actuel, on travaille bien souvent en fin de parcours et le temps restant pour la réalisation sonore se fait parfois dans des délais intenables parce que trop courts. On nous laisse une semaine, parfois 48h pendant lesquelles on travaille non-stop, avec tous les risques d’erreurs possibles liées à la fatigue auditive, et la difficulté de peaufiner à la perfection des éléments pourtant clés comme la masterisation. Au contraire, certaines productions nord-américaines vont privilégier, quand elles le peuvent, l’insertion du travail sonore dans le planning de montage global. Parfois, ce sont ainsi plusieurs semaines, voire plusieurs mois qui peuvent être accordés à la réalisation de la musique et des effets sonores. Je ne sais pas exactement d’où vient cette divergence dans la valorisation du son. C’est peut-être un héritage de l’école française de la Nouvelle Vague, avec sa survalorisation du plan et du silence. Le silence est très français au final : quand il ne se passe rien à l’image, il ne se passe rien non plus au son. Alors qu’à l’inverse l’école américaine pourrait parfois avoir tendance à en faire des tonnes tout au long du film ! On voit bien que le son est finalement très révélateur des différences qui existent entre courants de réalisation cinématographique. »

 

 

* La Vancouver Film School a une existence d’une vingtaine d’années et ses anciens étudiants ont participé à des productions telles que « Le Seigneur des anneaux », « L’Age de glace 2 » ou encore « Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit ».

 

* Les 3 films sont :
– « Migration » de Elie Ly Kok et Matthieu Clopez
– « The Archiver » de Thomas Obrecht, Guillaume Berthoumieu et Marc Menneglier
– « Reflecto » de Xavier Collos, Jingze Sun et Julien Favini.

 

* Aurélien Marini est compositeur. Il est le fondateur du Studio 2C, studio de création musicale et sonore pour l’audiovisuel, le jeu vidéo, la chanson, le spectacle et le multimédia. Il intervient en tant que Professeur de Son chez ArtFx.

 

En savoir plus

>> Le site web du Studio 2C
>> Le site web de la Vancouver Film School