C’est l’histoire d’un type brillant, plutôt beau, astucieux, audacieux, imaginatif et prometteur, il aurait pu aisément postuler chez ArtFx ! Il a préféré effrayer l’Amérique en tuant, violant de belles et attirantes jeunes femmes. Serial Killer des années 70, Ted Bundy devient l’une des tristes références de ce genre criminel, l’histoire d’un homme aussi horrifiante que captivante.

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Bande annonce BD « TED BUNDY » envoyé par tardigradepictures. – Découvrez plus de vidéos créatives.

Olivier Dobremel, dit Dobbs, professeur en histoire du cinéma et en « systèmes narratifs » chez ArtFx , aurait pu scénariser les folles années de Chantal Goya ou de Winnie l’Ourson, mais depuis Ed Gein paru chez Soleil en 2009 (histoire d’un tueur en série nécrophile, surnommé le « Boucher de Plainfield ») il semble affectionner le thème, bien qu’il refuse qu’on l’enferme dedans. Il remet donc le couvert avec Ted Bundy, petit bijoux terrorisant de la BD (Editions Soleil, janvier 2010).

Questions à Monsieur Dobbs… même pas peur.

1.    Le segment de ta vie de scénariste commence avec le Journal de Mickey, nous en sommes à la phase serial killer… Que s’est-il passé : overdose de gags et d’anthropomorphismes ?
En fait, déjà à cette période, je cumulais l’écriture pour les gamins de « Mickey » et la rédaction de suppléments de jeux de rôle pour la société Asmodée. C’était donc pour moi une époque de co-écriture de trucs gentillets et d’articles trash pour la gamme ludique « COPS », digne héritière de « Berlin XVIII » pour les connaisseurs et vieux rôlistes de la fin des années 80… Un rêve d’ado pour moi d’écrire tant pour un magazine qui m’avait marqué jeune, que dans le domaine du role playing game (qui était aussi un fantasme de boulot pour moi, autant que le béta test de jeu vidéo). J’ai juste un peu grandi depuis…

2.    Corriges moi si je me trompe, mais quand on passe autant de temps à étudier la vie d’une personne, je me demande si l’on ne finit pas par la comprendre, par s’attacher ?
En tant qu’ancien thésard en socio-anthropologie, j’ai appris à cerner un sujet, à le traiter sous toutes ses coutures sans pour autant m’impliquer. On ne se méfie jamais assez de ceux qui se disent « fascinés » par des criminels ou des affaires de nature particulièrement sordide (les gros fans hardcore de films gore ou de type survival m’inquiètent un peu, hehehe).
On peut comprendre les circonstances de la vie d’un tueur, on peut difficilement adhérer à leurs passages à l’acte. Ceux qui annoncent à gros effets de manche qu’il faut pénétrer l’esprit des tueurs pour les comprendre ont juste trop vu de téléfilms américains. Je me suis attaché aux personnages que j’ai créés (ou que je me suis appropriés pour des séries personnelles à venir), mais pour la collection « Serial killer » de Soleil c’est différent : on m’a demandé de choisir des tueurs afin d’en faire la biographie en mode docu-frisson de 46 pages, ce qui pousse à la synthèse (un bon exercice de style). Pas la place donc pour l’empathie, et encore moins la sympathie…

3.    Tu avais une rigueur d’exercice à observer : livrer un scénario articulé autour de  48 planches. Si l’on t’avait donné une totale liberté de format… En combien de tomes nous aurais-tu raconté l’histoire de Ted Bundy ? Comment gères-tu cette frustration lié aux contraintes de travail ?
Oui, comme je l’ai dit précédemment c’est un exercice très délicat pour concentrer une biographie dense en seulement46 planches de narration. J’aurai bien aimé traiter Bundy en diptyque, mais ce n’est pas le concept de la collection… donc on s’adapte. Pas de frustrations, juste une contrainte de plus qui fait partie intégrante du travail de scénariste BD. On apprend à jouer avec les attentes d’une ligne éditoriale, l’approche graphique du dessinateur avec qui on travaille et l’adaptabilité du ou de la coloriste qui finalise le travail de groupe.
4.    Je me pose dans un canapé confortable, c’est une fin de journée pluvieuse, je m’apprête à lire « Ted Bundy » de Dobbs et Vitti… Qu’est ce que je peux écouter comme son ? Quelle est la bande originale de Ted ?
Alors ça dépend évidemment…
On peut se la jouer angoisse totale avec une totale absence de son…  On peut tenter aussi de se créer une bande sonore typique de ce genre de BD, avec quelques poussées stridentes, des cordes frottées, ou même de la musique électronique bien sentie de la fin des années 1980…
Ou on peut, comme moi, se replonger dans les chansons des charts US des 1970’s sans tomber dans le syndrome disco qui pourrait nous faire décrocher hehehe.
Un best off de Philipp Glass avec des pointes de Badalamenti, ça peut aussi le faire non ?
5.    Quelle question aimerais-tu qu’on te pose en interview sur cet album et qu’on ne te pose jamais ?
Vous connaissez personnellement tous ces tueurs  sur lesquels vous écrivez ? Une bonne question bien loose quoi, mais qui me ferait tout de même bien marrer…

6.    Merci d’avoir répondu à mes questions. Une dernière chose, y-a-t-il un personnage plus que tout autres (qu’il soit Serial Killer ou vendeur de glace dans le Larzac) dont tu aimerais scénariser la vie pour une BD, un film ?
Là j’ai mon lot de choses très fantasmées qui arrivent cette année, puisque je fais l’adaptation BD d’ « Allan Quatermain et les mines du roi Salomon » (un très beau personnage bien noir et qui a pourtant donné naissance à Indiana Jones par glissement narratif). Pour une autre série, je provoque la rencontre de Jekyll/Hyde et du monstre de Frankenstein, ce qui me plait énormément comme biographie alternative. Je m’attaque ensuite à « Alamo » où je mettrai à mal les biographies héroïques et officielles de Davy Crockett et de James Bowie, avant leur mort violente dans le fort du même nom.
Alors un personnage dont j’aimerais tout de même écrire une bio en BD, version Dobbs, hummm… Raspoutine, bien sûr, mais pourquoi pas Lee Harvey Oswald ou bien encore Jules Verne et Musashi Miyamoto… ? Ça en fait des pistes.
Merci en tout cas pour ce petit moment, et cette interview…