Le Pavillon populaire de Montpellier accueille actuellement une exposition temporaire intitulée « Apocalypses, la disparition des villes. De Dresde à Detroit (1944-2010) ». Cette exposition photo nous plonge directement au cœur de l’Histoire et d’un de ses dommages collatéraux : la destruction des villes. ArtFx s’est intéressé à l’expo. Tiziana Annesi, photographe et professeur de photographie, nous livre ses impressions. Carnet de voyage au cœurs des villes détruites …

 

Début de la visite : de Dresde à Cologne

Les panneaux aux couleurs de la Mort, contemplant Dresde en ruine, que nous sommes invités à traverser pour commencer notre visite, font office d’avertissement aux spectateurs les plus sensibles. Une fois cette porte franchie, nous serons confrontés à ce que l’Homme a su faire de plus terrible.

Vue de Dresde depuis la tour de l’hôtel de ville, 1945. Richard PETER

Vue de Dresde depuis la tour de l’hôtel de ville, 1945. Richard PETER

L’avancée de l’exposition se fera suivant la chronologie des événements qui ont eu lieu dans certaines grandes villes, et les ‘festivités’ débutent avec Cologne à la fin de la seconde guerre mondiale.
Ce qui frappe en premier c’est la taille des images. Des formats d’environ 1,80 m x 1,20 m. Viennent ensuite les forts contrastes, dus à la lumière assez dure choisie à l’époque de ces clichés. Pas plus de six images ornent cette grande pièce, mais je n’ai pas envie de m’approcher. Je reste au milieu, tourne sur moi-même, m’imprègne de l’ambiance. Des escaliers, des poutres, du carrelage au sol, sur les murs, des moulures … Tout ce qui a été jadis des espaces clos et à l’abri des regards, n’est plus qu’un trou béant. J’ai l’impression d’un vide immense malgré les tas de briques, malgré les ruines. Les formes sont difficiles à déchiffrer. Je m’approche. Les images sont à hauteur d’homme, alors c’est comme si je me dirigeai vraiment vers ce qui fut autrefois des immeubles au style baroque.
Un léger sépia dans les noirs, et malgré une impression jet d’encre qui réfléchit un peu trop la lumière, et qui nous condamne à regarder les images de pleine face, les photos sont de très bonne qualité.

 

Berlin, Munich, Dresde

La deuxième pièce est destinée au bombardement d’autres villes allemandes, comme Berlin, Munich mais surtout Dresde, littéralement rayée de la carte.
Et c’est une vidéo en couleur, muette, qui nous accueille. Malheureusement, elle est de mauvaise qualité et floue.
C’est une prise de vue aérienne qui nous dévoile une désolation absolue à perte de vue. J’ai du mal à imaginer le nombre de bombes qu’il a fallu pour arriver à un tel résultat …
Sir Winston Churchill dira de Berlin : “ Nothing but a chaos of ruins. ” ; alors que Arthur Tedder, de la Royal Air Force déclarera : “ A ruined classical city. ” (!!)
Mais c’est bien Dresde qui est à l’honneur ici. Dresde qui s’est vue bombardée au phosphore jour et nuit. Des tapis de bombes. On appelle ça le ‘Feuersturm’ (en français : tempête de feu).

 

Richard Peter: photographe de l’apocalypse

Le photographe qui a marqué cette époque est Richard Peter. Il a été sur les lieux pratiquement de suite après les événements, et ses images sont célèbres pour être sans équivoque, montrant avec froideur les conséquences, les dégâts architecturaux, mais aussi humains.
Au deuxième étage de l’exposition, des photos choc se succèdent sous nos yeux. Elles sont difficilement descriptibles mais des titres comme « Mère morte sur la poussette de ses jumeaux », ou « Cadavre en uniforme » avec un soldat, bras repliés, portant encore la croix gammée sur une manche de sa veste, ou encore « Cadavre féminin », avec un magnifique chignon sur un crâne décomposé, font froid dans le dos. Richard Peter ou le devoir de montrer une autre face de cette guerre.
Les photos sous cadres sont criantes de réalisme, dû surtout au développement aux sels d’argent (argentique). Elles sont de taille aléatoire et montrent un amoncellement de ruines en très gros plan. Sous la neige, le drame et le réalisme, la saleté et la désolation sont encore plus palpables. Irréversibles. Et pourtant … Villes mortes ou abandonnées, elles seront reconstruites par les ‘Trümmerfrauen’, ces femmes allemandes qui ont nettoyé, récupéré et restauré les pierres de leurs maisons pour en bâtir de nouvelles.
Certaines épreuves négatives du photographe Chargesheimer sont également exposées, mais il est bien dommage de ne pas retrouver ces plus belles pièces …
Voilà, vous venez de traverser le plus gros de l’exposition. Varsovie, Hiroshima et Beyrouth devront se partager la deuxième moitié de l’espace.